M-O-F. Pierre et Laurence, un an aprés la disparition de Grégory, on imagine que cette date est compliquée à appréhender.....
PIERRE : Effectivement, c'est une période difficile. Le 30 avril est une date importante pour nous, on va tenter de ne pas se laisser submerger par l'amertume et la tristesse, essayer d'être plus forts que tout ça.
N.A. : Vous nous disier, Laurence, que le temps s'était arrêté ce jour-la....
Laurence: C'est vrai, on n'a plus du tout la notion du temps.Je sais juste que , quand je me lève le matin, c'est pour lutter contre la mucoviscidose.
J'ai toujours en tête ce que Grégory a dit quelques jour avant de partir " Je t'aurai, putain de maladie!" Et je peux vous assurer qu'il va l'avoir. Ce ne sera pas de la façon dont, nous, on le souhaitait, mais on va l'avoir, pour lui et tous les autres. Grégory disait aussi : " Peu importe les blessures de nos vies et touts nos pienes à l'infini, il faut continuer à avancer et à se battre."
M-O-F : Vous voulez dire que, depuis un an, vous êtes, d'une certaine maniere en sursis, et que vous vous battez pour Grégory dans le cadre de l'association qui porte son nom?
Laurence : Il n'y a pas pire pour un parent que de perdre un enfant. On dit qu'on est veuve quand on perd son mari, orphelin quand il s'agit de ses parents, et
rien quand on perd son enfant. Ce n'est pas normal. Peut-être que je n'ai pas encore réalisé, mais je sens vraiment sa présence. Nous sommes tellement portés dans tout ce que l'on fait que, pour moi, il n'y a aucun doute, j'ai la foi,je sais qu'il est avec nous.
N.A. : Vous avez fait votre deuil ?
Laurence : Non ! Et puis je n'aime pas cette expression. On ne fait pas le deuil d'un enfant, c'est impossible. On peut me prendre pour une folle, mais je lui parle et je suis convaincue qu'il nous entend, qu'il nous voit. Je sais qu'un jour je le retrouverai. Tout ce que je souhaite, c'est qu'il soit fier de nous et de tous les bénvoles qui luttent contre la mucoviscidose.
M-O-F. :Dans cette maison ou vous nous recevez ce matin, il y a des photos de lui partout, les DVD des prime times de la Star Academy, et l'atmosphére n'est pas dy tout lourde mais gaie.....
Pierre: Oui, mais on n'entretient pas un mythe, c'est pour nous tout à fait naturel.On n'a pas besoin de ces photos pour savoir qu'il est là.On ne s'est pas posé de la question de savoir ce qu'on allait faire de notre maison aprés une telle tristesse.Voilà, c'est comme ça et ça nous va trés bien.
N.A. : Est-ce que les jeunes atteints de la mucoviscidose ont regagné en force et en détermination depuis l'annonce de la création de l'association ?
Pierre:Quand Greg est parti, leur moral a beaucoup chuté.Et
paradoxalement, il est remonté trés fort parce qu'on n'a jamais autant parlé de cette maladie et du don d'organes
Laurence . : Le pire, quand on souffre, c'est de ne pas avoir d'espoir. Cest aussi ce qu'on a envie de donner. De plus en plus de jeunes chercheurs s'intéressent à cette maladie depuis le depart de Grégory. Nous sommes convaincus qu'ils vont trouver. Il le faut tenir le coup, vraiment y croire parce que, tous ensemble, on va y arriver.
M-O-F. : Ce combat contre la maladie, c'est votre quotidien ?
Laurence: Oui, c'est notre vie. On en profite d'ailleurs pour remercier ceux qui ont eu l'extrême générosité d'effectuer un don à l'association et de penser à ceux qui souffrent de la mucoviscidose.Et pour leur dire que si on met du temps à répondre au courrier, c'est parce qu'on n'a que deux mains et que les journées ne font que vingtquatre heures.Mon mari et moi sommes bien sûr entourés de personnes bénévoles compétentes, mais on n'est pas une multinationale!
N.A. : Vous faites tout, y compris ouvrir les dizaines de milliers de lettres....
Laurence: Je crois qu'on ne s'imagine pas le travail que ça représente.Cette association est familiale mais gérée trés sérieusement, et les choses prennent du temps.On y passe plus de quinze heures par jour. Le matin, on se réveille pour l'association, on se couche trés tard le soir, on se déplace..... C'est notre vie, tout simplement.
Pierre . On a aussi un consiel d'administration trés compétent, composé de médecins, pharmaciens, kinés....
Tous ces professionneles qui entourent la mucoviscidose et sont donc capables de prendre des déc isions trés rapidement. Et puis, ils étaient généralement trés proches de Greg.
M-O-F: Concrétement, que fait l'association aujourd'hui?
Pierre: Nous avons beaucoup de rendez-vous dans les services pneumologiques des hôpitaux, en particulier pour s'occuper des jeunes atteints de la mucoviscidose. On se penche sur la recherche scientifique. On va investir de l'argent dans un projet trés précis, dont on rendra compte à tous nos donateurs et nos membres, puisque l'association en compte aujourd'hui plus de 3000.C'est trés important, ça nous donne du poids quand on va défendre notre cause auprès des politiques ou des services publiques.
N.A. :Bien sûr, une partie des dons peut être défiscalisée.....
Pierre: d'ailleurs, on nous demande souvent les reçus fiscaux alors qu'on essaye de faire des envois en nombre parce que ça permet de faire d'énormes économies.Que les gens soit rassurés, ils les auront à temps pour leur décalaration d'impôt.
N.A. :Est-ce que l'on vient encore frapper à votre porte pour vous témoigner de l'affection ?
Laurence: Non, les gens sont trés respectueux, ils nous laissent un peu tranquilles.Mais le courrierest trés touchant.Il n'y a pas trés longtemps, on a reçu une lettre qui nous racontait qu'un petite fille de 8 ans avait dit, aprés le départ de Grégory : " Papa, maman, si jamais il devait m'arriver quelque chose, moi je voudrais donner mes organes." Et malheureusement, elle est partie dans un
accident brutal. Ses parents ont permis de sauver la vie de plusieurs enfants, la petite l'avait demandé... Je ne sais pas comment les remiercier. J'aimerais rendre hommage à tous ces parents qui ont la force de dire " oui" alors qu'eux-mêmes sont atteints dans leur propre chair et vivent cette souffrance qui n'a pas de nom.
M-O-F : Quand on vous regarde, Laurence, on a vraiment
l'impression de voir Grégory.Il y a quelque chose de lui en vous et de vous en lui, c'est net.
Laurence: j'ai mon fils en moi, ça c'est sûr ! Je suis fière de
ma fille Leslie. On souhaite à tous les parents d'avoir des enfants comme les nôtres.
N.A. : Votre vie a été chamboulée du jour au lendemain.
Cette épreuve vous en a aussi appris sur la famille, sur Leslie ?
Pierre: Tout ce q'on fait, c'est aussi grâce à elle.Elle accepte
tout ce qui se passe et ça nous aide beaucoup, ça nous libére dans toutes nos activités pour l'association et on sait qu'elle est avec nous, même si elle poursuit ses études.
M-O-F. :Karine, la fiancée de Grégory, est toujours à vos côtés?
Pierre: Elle est plus que là ! Elle répond à toutes nos sollicitations pour des événements à Paris ou ici, en Savoie. Elle vit aussi un drame avec la disparition de Greg. C'est une fille remarquable,trés intelligente.
Laurence : C'est notre belle-fille, et on l'aime profondément. C'est quelqu'un de trés sincère, et je n'étais pas étonnée que mon fils l'aime.
M-O-F. : Vous venez de faire condamner Frédéric Martin et on réalise à quel point les hurmoristes qui ont voulu faire un " bon mot" autour de Grégory à la télé ont dû vous faire du mal
Laurence: Comment voulez-vous que je ressente ça ?
La personne qui pense faire de l'humour n'a qu'à s'imaginer une seule seconde qu'on parle de son enfant ou d'elle-même! Est-ce que ça viendrait à l'idée d'appeler quelqu'un du nom de sa maladie? Est-ce qu'on peut dire Sida, est-ce qu'on peut dire Cancer ou Myopathie en nommant quelqu'un?NON. Cest une horreur, c'est renier l'identité de la personne,son existence.
Pierre. :Les handicapés n'ont pas à se faire insulter, ça s'appelle le droit à la différence et ça fait justement
partie des statuts de l'association.
N.A. : Aujourd'hui, comment gérez-vous les fans qui
viennent tous les jours sur la tombe de votre fils ?
Pierre: C'est dur, mais on le resepecte.On comprend
qu'ils viennent de partout se recueillir devant la derniére demeure de Grégory.On cale nos horaires de visite pour
être plus tranquilles, il y a des périodes plus difficiles que d'autres.
N.A. : C'est aussi le signe que Grégory ne sera pas
oublié demain...
Pierre: J'espére que non, pur lui évidemment,et pour
la cause que nous défendons, parce que les malades ont besoin de nous et qu'on a besoin de continuer à
faire vivre Grégory de cette maniére. et tant qu'on l'entendra chanter, ça voudra dire qu'on est encore là pour aider les autres.